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Parution de mon livre "Arsouille Mental(e)"

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Demi-Tour

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MessagePosté le: Mer 5 Oct - 23:53 (2011) Sujet du message: Parution de mon livre "Arsouille Mental(e)" Répondre en citant

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Bonjour à tous,

Eh bien voilà, comme certains le savent, je suis l'auteur d'un recueil de nouvelles, "Arsouille Mental(e)".

Bon, pour l'instant le travail de publication est en cours, il va donc falloir patienter quelques semaines encore.
Même si le timing est hyper serré, et sauf imprévu, il devrait sortir le 23 novembre prochain, mais si le coeur vous en dit,  il est déjà disponible en pré-commande, ce qui vous vous donnera droit à une dédicace personnalisée, une vraie, que j'écrirai moi-même et non pas une malheureuse photocopie. D'ailleurs, si vous vous décidez, faites-moi signe si vous avez un souhait particulier pour la dédicace.
Je sais que certains d'entre vous l'ont déjà commandé (bon, d'accord, un seul d'entre vous Mr. Green ), donc qu'ils sachent que leur patience va enfin être récompensée (j'ai d'ailleurs passé un savon à mon éditeur pour accélérer le processus d'édition, namého, mes lecteurs sont sacrés!)

Bon, entrons dans le vif du sujet...

Voici le lien: Arsouille Mental(e)
Et voici la couverture:




Il s'agit donc d'un recueil de nouvelles; le terme "nouvelles" en soi est peu approprié, car vu leur longueur, "novellas" conviendrait mieux mais, comme je pensais au départ qu'il s'agirait de textes plus courts, j'ai préféré garder cette appellation.

Cet ouvrage est donc un recueil de trois nouvelles qui, comme vous vous en doutez, ont pour point commun la moto, ou plutôt les motards.
Attention cependant: ne cherchez pas dans ces textes de sessions sur circuit, de délires mécaniques, d'arsouilles viriles et j'en passe. Il s'agit avant tout de textes parlant de personnes, d'êtres humains, de gens comme vous, comme moi, comme il y en a des milliers d'autres. Leur point commun: ils sont motards, l'ont été ou s'interrogent sur ce que c'était du temps où l'on pouvait encore l'être...

J'ai été motard (physiquement s'entend, car la mentalité, elle, est toujours présente) jusqu'au début de cette année, puis j'ai dû me résoudre à me séparer de ma belle pour des raisons de santé; je ne sais d'ailleurs pas à ce jour si je pourrais un jour en refaire. Ces nouvelles me tiennent donc particulièrement à coeur.
Elles s'adressent au plus grand nombre. Nul besoin d'être initié au monde de la moto ou au vocabulaire motard pour les comprendre, comme vous pourrez vous en rendre compte en lisant les extraits un peu plus bas (mis en spoiler pour ne pas prendre trop de place). Je pense cependant avoir réussi à recréer certaines sensations, et la moto n'est jamais qu'un simple accessoire.
Dans le premier texte, elle est ce qui a fait basculer une vie; dans le deuxième, texte d'anticipation, elle incarne un passé révolu; dans le dernier enfin, elle est celle qui permet que le malheur arrive...


La première nouvelle s'intitule Maurice, prénom qui est celui du personnage principal.
C'est un déchet, une épave. Le texte est très sombre et lorgne du côté du polar noir (dixit mon éditeur).

Extrait:

Assis derrière la vieille table de la cuisine, Maurice regarde la bouteille de vodka posée en plein milieu. Ses yeux rougis par l'alcool l'observent sans vraiment la voir. Tout ce qu'ils constatent est qu'elle est presque vide. Encore deux verres et elle ira rejoindre les autres dans la poubelle de la cour.
D'un geste machinal, il lève sa casquette de base-ball pour lisser les rares cheveux qu'il lui reste sur la tête. Plus d'une fois il a eu envie de se faire une boule à zéro pour ne plus les voir rebiquer quand il se fait face chaque matin dans le miroir piqué de la salle de bain. Mais à quoi bon s'en donner la peine alors qu'il ne se rase déjà que lorsque les poils de ses joues irritent sa peau à force de frotter contre le col de ses vêtements?
Il regarde sa montre. Encore une petite demi-heure à attendre.
Dehors, il fait certainement nuit noire. C’est une pure supposition vue l'heure. Les volets sont fermés et ne laissent rien filtrer. Dans des moments comme celui-ci, il a besoin d'être seul, de se sentir coupé du monde. De toute façon, il l'est depuis longtemps déjà. L'alcool est une aide formidable pour cela, un vrai ami sur lequel on peut compter les yeux fermés. Non seulement il vous isole, mais
en plus anesthésie vos souvenirs pour mieux les faire disparaître sous une épaisse couche de peinture poisseuse.
Depuis deux ans qu'il est à la retraite, il sombre. Enfin, un peu plus qu'avant. Le travail lui a toujours permis de garder la tête hors de l'eau. Quelle ironie. Désormais, il se sent comme un objet qui s'imbibe tout doucement et commence à s'enfoncer, résigné dans le fait qu'il n'y peut rien. Et que de toute façon il ne veut rien y faire.
L'assise de la chaise gémit lorsqu’il se penche pour attraper une assiette de charcuterie sur l'égouttoir de l'évier. Il grignote les tranches de saucisson plus qu'il ne les mange en les accompagnant d'un morceau de pain de la veille. Son estomac proteste à coups de brûlures. Maurice se contente de lâcher un rot comme pour les évacuer.
Nouveau coup d'œil à sa montre. A peine dix minutes se sont écoulées. Peu importe. Il chasse les miettes de sur sa bedaine, pose l'assiette et le verre dans l'évier avant d'aller jusqu'au garage.
La nuit est bel et bien tombée. Les étoiles brillent, les grillons stridulent. De l'autre côté de la rue, une chauve-souris passe et repasse sans relâche dans la lumière d'un vieux lampadaire.
Il traverse la cour encombrée de mauvaises herbes. Malgré ce qu'il a ingurgité, sa démarche est sûre. Question d'habitude. Le gravier crisse sous la semelle de ses bottes en caoutchouc coupées à hauteur de la cheville. Les ampoules nues qui pendouillent des petites appliques rouillées jettent un halo blafard.
En fait de garage, il s'agit plus d'un abri en planches branlant. Maurice l'a fabriqué de ses mains presque trente ans plus tôt, alors que lui et Lucie venaient juste de s'installer dans ce petit village. C'était son atelier, son petit jardin secret. Un espace rien qu'à lui, dédié à sa passion du bricolage et de la mécanique. Une époque où ses mains ne tremblaient pas encore à cause du manque d'alcool.
La vodka a été un aller-simple pour sa déchéance. Elle lui a tendu un bras amical et réconfortant pour mieux l'accaparer et l'isoler. La seule vie sociale qu'il a désormais est de passer pour le pilier de bar du village et d'être l'inépuisable sujet des ragots que se murmurent les commères lorsqu'il traverse la place. Elles ne comprennent pas comment un homme peut descendre aussi bas. Elles sont d'accord pour expliquer à qui veut l'entendre qu'elles auraient agi autrement, que lorsqu' on perd l'être aimé à son âge, il faut relever la tête,
faire face et se construire une nouvelle vie. Surtout quand on a un enfant. Si c'est pas triste de voir un si bel homme avec une telle situation se laisser aller. A quarante ans, la vie ne fait que commencer. C'est ce qu'elles disent, et ce qu'elles auraient fait, elles le savent.
Maurice, lui, n'a pas survécu. Il s'est échoué quand Lucie s'en est allée.



Il traverse le salon en direction de la cour. En passant devant le guéridon du téléphone, il s'arrête pour regarder un petit cadre photo. Lucie sourit en gros plan. Elle tient contre elle Damien, leur enfant qui brandit fièrement les dix bougies de son anniversaire. Maurice caresse le cadre, puis il le bascule délicatement pour cacher la photo. Sa gorge s'est nouée. Il chasse son émotion en reniflant.
Dans la cour, seul un des deux pots crachote encore un peu de fumée blanche en rythme avec le bruit du moteur. Maurice s'installe aux commandes. Les suspensions s'affaissent légèrement. Au crissement des mousses du casque contre sa barbe naissante, il constate qu'elles se sont desséchées avec le temps. Elles s'émiettent par petites plaques qui se collent à la sueur de son cou. Ce n'est pas grave. Ce casque n'est pas là pour le protéger. Son blouson non plus d'ailleurs. Les stigmates de chute qu'ils portent l'un et l'autre ne laissent planer aucun doute là-dessus. Si Maurice les a enfilés ce soir, ce n'est ni pour les coordonner avec le côté rétro de la moto ni parce qu'il n'en a pas d'autres.
Non, s'il a fait ce choix, c'est pour ne pas oublier et trouver la force en lui quand le moment sera venu.

La boîte de vitesse claque quand il passe la première. Tout en gardant les pieds au sol, il remonte la longue allée gravillonnée en jouant avec l'embrayage. Le portail est grand ouvert. Cela fait longtemps qu'il ne le ferme plus. Qui viendrait cambrioler le taudis dans lequel il vit? Même les gamins ont arrêté depuis belle lurette de jeter des cailloux en pleine nuit sur les plaques de tôle ondulée qui servent de toit au garage.
Alors que ses yeux regardent à gauche et à droite pour être sûr que personne n'arrive même au loin, ils tombent sur la masse sombre et imposante du clocher qui se dresse dans le ciel nocturne au bout de la rue. Un projecteur pointé droit vers le ciel en éclaire l'horloge du côté de la place du village. Maurice a un sourire amer. Ce qu'il va commettre est sans aucun doute le pêcher ultime mais ce n'est
pas grave. Cela fait longtemps que lui et Dieu ne se parlent plus. Maurice n'a rien à lui dire, et de toute façon, Dieu ne lui a jamais répondu. C'est aussi bien comme ça.
Tandis qu'il se cale le plus confortablement possible sur la selle, il sent la crosse du petit automatique contre ses lombaires.
« Allez, en avant » murmure-t-il à sa propre intention sans aucune conviction.



Les deux autres textes du recueil ont des thèmes bien différents, comme je l'ai annoncé un peu plus haut.

Le premier, Rebel(les), se passe à la fin de ce siècle dans une France hyper-sécurisée, parfois jusqu'à l'absurde, dont la vie des citoyens est régie par la Loi de protection de la Vie (appelée également "Loi de (du) PV)dont le fondement même, gravé au fronton de chaque salle de cours d'éducation civique, tient en une phrase: "Quand la raison défaille, des mesures doivent être prises pour la suppléer".
Le résumé: Quentin, étudiant en commerce international, ne se pose jamais aucune question sur sa vie car pour lui, tout est déjà tracé: ses études, son futur travail (dirigeant d'une succursale de l'entreprise de son père), sa vie amoureuse (qu'il refuse de débuter pour se concentrer exclusivement sur sa réussite), et même son quotidien, régi par le Major d'Home, le programme informatique de son appartement qui répond à ses moindres besoins.
Lors d'une visite dans un musée, il passe devant quatre étranges machines, des "motocyclettes". Désormais interdites depuis plusieurs décennies car jugées trop dangereuses, ces "aberrations mécaniques" le fascinent tout de suite, car il se demande ce qui a bien pu pousser un jour des êtres humains à vouloir monter là-dessus malgré les risques encourus. Bien involontairement, il va faire la connaissance de Valentin Ross, un vieil homme, ancien passionné de moto, en phase terminale de cancer, dont le rêve est, comme vous le devinez, de remonter sur un des ces machines pour partir faire une ultime virée. Quentin va alors se mettre à cogiter sur son existence, sur cette Loi de Protection de la Vie, et de doutes en doutes, il va finir par aider Valentin à réaliser son souhait. Mais il va alors mettre les doigts dans un terrible engrenage.

Extrait:(petite précision:les réserves de pétrole sont épuisées, et les derniers litres d'essence au monde s'échangent à des prix astronomiques)


Comme Quentin acquiesce, il (Valentin) continue:
« Donc voilà: si je vous en donne l’occasion, voudriez-vous la voir? Je veux dire: la voir rouler. Ma vie touche à sa fin, Quentin, et c’est un rêve que je me suis juré de réaliser. La démarrer et la faire rouler. Si je ne le fais pas maintenant, je ne pourrais plus jamais le faire. Et de toute façon, que m’importe désormais d’être dénoncé?»
Il baisse les yeux, soudain timide.
« Je n’ai jamais eu de femme ni d’enfant, trop occupé que j’étais à me salir les mains dans le cambouis. Mais je vous ai vu au musée, Quentin. J'ai vu l'étincelle dans vos yeux. Vous êtes la seule personne que je connais avec qui partager ce rêve.»
Une éternité s’écoule entre les deux hommes. Quentin a tourné son visage vers la lumière du soleil, les paupières closes, perdu dans ses réflexions. Valentin n’ose pas le regarder. C'est cependant Quentin qui finit par rompre le silence. Il baisse la tête et ouvre les yeux avec peine à cause de la luminosité.
« Pourquoi faisaient-ils cela, monsieur Ross? Pourquoi montaient-ils sur ces machines si dangereuses? La vie à cette époque n’avait-elle donc aucune valeur?»
Valentin le regarde, partagé entre tristesse et espoir.
« Elles n’étaient pas dangereuses. Enfin, pas autant qu’on a voulu nous le faire croire, loin de là. Comme tout véhicule, elles étaient impliquées dans des accidents et oui, le pilote n’avait pas de carrosserie pour le protéger, alors il était souvent blessé. Certains mouraient lors de ces accidents.
- Alors pourquoi ?
- Pour vivre, Quentin, pour vivre. Ou plutôt pour se sentir vivre. Pouvez-vous imaginer le sentiment de liberté qu’on éprouve au guidon de ces engins? Vous, cette machine et la route qui défile, le moteur qui ronronne, les paysages qui s’enchaînent, l’air frais sur le visage. Nul besoin d’aller vite ou de prendre des risques. La liberté, Quentin, la liberté.»
Il sort de la poche de son veston un objet qui ressemble à une carte de visite et la glisse dans la main de l'étudiant.
« Voici mon numéro de téléphone. Si le cœur vous en dit, je serai chez moi demain, à ma maison de campagne. Et demain sera le grand jour. Cela fait plusieurs années que je réussis à conserver quelques litres de carburant. Ils valent une fortune, je sais, mais demain, je les verserai dans le réservoir et…»
Il laisse sa phrase en suspens pour suivre du regard un groupe d'hirondelles qui virevoltent au-dessus du parc, décrivant de larges courbes qui s’entrecroisent.
« La liberté, Quentin… » murmure-t-il.
Il se lève et fait quelques pas avant de se retourner.
«Vous y penserez ce soir en rentrant chez vous.»



La dernière histoire lorgne du côté du thriller et a pour titre Prédation. Il se compose de deux textes.
L'un est écrit à la troisième personne du singulier, en italique et quelques phrases sont distillées au début de chaque partie. On voit tout à travers les yeux du personnage, dont on ignore tout. Les pompiers s'affairent autour de son corps meurtri, entre deux voitures, et viennent de lui ôter son casque de moto.
L'autre texte, le principal, est raconté à la première personne, par le narrateur donc. Depuis la tentative de bike-jacking dont il a été victime, et après la mort de son agresseur, il se rend compte qu'il éprouve du plaisir à tuer. Parallèlement à cela, il raconte son idylle avec Mathilde, sa concubine qui a changé sa vie. On le suit donc dans ses états d'âme et ses meurtres (qu'il commet au hasard sans aucune raison apparente), et sa vie sentimentale. Il erre, au guidon de sa moto, à la recherche de proies qu'il tue à chaque fois avec avidité à coups de U (antivol). C'est un texte tour à tour violent, parfois très dur, et à la limite du fleur bleu, pour mieux souligner la folie du personnage (enfin, c'est ce que j'ai essayé de faire ressortir  Embarassed   ).

Extrait:(le narrateur vient de s'arrêter en plein forêt, sur une route à flanc de montagne, pour discuter avec un autre motard arrêté là suite à un souci; ce dernier décide alors de reprendre la route mais le narrateur vient de décider de le tuer. )


J'ai marché avec lui jusqu'à sa moto. Il est monté dessus et, pile au moment où il la redressait, j'ai poussé aussi fort que j'ai pu avec mon pied. Je vois encore ses bras battre l'air à la recherche de quelque chose à quoi s'agripper, puis il a basculé dans les buissons desséchés et a disparu de ma vue, entraîné en contrebas par sa moto. J'ai entendu des branches casser et quelques cailloux rouler, la végétation griffer les carénages. Un peu de poussière est même remontée jusqu'au bord de la route. J'ai attendu quelques secondes avant de m'approcher du bord.
Le gars avait dégringolé sur cinq ou six mètres avant qu'un arbre l'arrête. Vu d'ici, il ressemblait à n'importe qui faisant la sieste adossé à un tronc, le menton reposant sur la poitrine. Sauf que la moto lui écrasait la jambe droite et qu'il était habillé en motard avec son casque.
J'ai d'abord cru qu'il était assommé. Je crois que j'ai prié pour qu'il ne soit pas mort. C'est avec satisfaction que j'ai vu le casque bouger, puis les bras, et il a marmonné quelque chose. Il a fini par lever la tête vers moi. La visière à demi déboitée de son casque se balançait mollement. Il m'a supplié de l'aider, d'appeler les secours. Ses paroles étaient étouffées mais, au ton de sa voix, j'ai deviné qu'il souffrait et luttait pour ne pas être terrassé par la douleur. Il m'appelait sans cesse.
Je me suis toujours demandé, et je continue d'ailleurs, s'il avait vraiment conscience que c'est moi qui venait de le précipiter là où il se trouvait et que, par conséquent, je n'avais aucune envie de l'aider à en sortir. Il a alors commencé à parler plus fort, puis à hurler.
(...)
Je suis descendu juste à côté du gars. L'odeur de l'essence qui fuyait m'a chatouillé les narines. Le type ne m'a pas remarqué, ou n'a pas voulu, je l'ignore. Sans doute commençait-il à comprendre qu'il allait crever là par cette belle soirée ensoleillée. Au moins mourrait-il au frais. Bien maigre consolation me direz-vous.
Il n'avait pas enlevé son casque et pianotait nerveusement sur son portable. Ce n'est qu'une heure plus tard, alors que je grignotais un hamburger au Mc Do du coin, que j'ai compris qu'en fait il ne devait pas y avoir de couverture à cet endroit. Toujours est-il que le gars s'acharnait avec ses doigts et il a fini par lever son téléphone vers le ciel comme pour le relier à une antenne invisible ou appeler Dieu, allez savoir. Les gens ont des réactions curieuses dans des moments comme celui-là.
(...)
(...)j'ai bien calculé mon coup et, après m'être agrippé à des branches, j'ai lancé mon pied à hauteur de son oreille comme pour enfoncer une porte.
J'ai crû que sa tête s'arrachait de ses épaules mais elle a entraîné tout le torse et le type a basculé sur le côté de l'arbre. Sa jambe coincée sous la moto l'a empêché de glisser plus bas dans la pente.
De nouveau, je me suis demandé s'il je ne l'avais pas tué. Quel dommage ça aurait été. J'ai attendu je ne sais combien de temps. Pas plus d'une minute je pense. Soit le type feintait et faisait le mort comme certaines proies, soit il était vraiment sonné et a fini par revenir à lui sans trop savoir où il était. Toujours est-il que je l'ai soudain entendu respirer bruyamment au bout d'un long moment et que sa main blessée s'est mise à palper le sol. J’en ai été soulagé.
Je me suis redressé, l'oreille aux aguets. Pas un bruit ne troublait le silence de la forêt. Pas de vent dans les arbres, pas d'oiseaux, pas de moteur de voiture ou de moto approchant. Je me suis alors penché sur le type. Je le voyais de profil. La visière avait sauté pour de bon et j'apercevais son œil gauche. Il regardait fixement devant lui, la paupière battant de manière saccadée. Je devinais d'imperceptibles mouvements de sa pupille et j'ai compris que le gars devait me sentir à la limite de son champ de vision. Il était déchiré entre sa volonté de regarder le monstre qui le surplombait et la peur de le voir.
Il n'y avait plus aucun doute dans son esprit par contre. Il savait qu'il allait mourir ici. Je l'ai vu dans ce regard fuyant.
(...)
Je me souviens que je lui ai tapoté l'épaule comme à un camarade à qui l'on veut dire que tout va bien se passer, que ce n'est rien ce qui lui arrive. A la manière d'un maquignon caressant la croupe d'une vache qu'il envoie à l'abattoir aussi. Puis je me suis redressé. Sa respiration s'est accélérée, se faisant plus rauque.
Agonisait-il? Attendait-il le coup de grâce? J'ai pris une profonde inspiration pour me concentrer. Finalement, j'ai levé le U au-dessus de ma tête comme s'il s'agissait d'une hache et que je m'apprêtais à fendre du bois, puis d'un mouvement précis, je l'ai abaissé de toutes mes forces sur son coude.
Malgré la chaleur, le type portait une combinaison de cuir avec de bonnes protections. Je l'ai à peine entendu gémir. J'ai repris position et j'ai frappé à nouveau. Je me suis acharné, encore et encore. Sur les articulations d'abord, pour qu'il ne puisse pas se débattre. Les coutures au niveau des protections ont fini par céder et au bout d'un moment le cuir lui-même s'est déchiré.
J'ai continué. Je ne sais pas combien de fois j'ai abaissé ainsi le U, puis relevé, puis abaissé à nouveau. A chaque coup, le métal entrait un peu plus profondément. J'entends toujours son bruit mat contre le cuir et la mousse des protections puis contre la chair.
Tchomp! tchomp! tchomp!
Le type s'est pour ainsi dire laisser faire. Le fait qu'il ne crie pas ne m'a même pas étonné.
Il y a quelques jours seulement que j'ai appris que mon coup de pied a été si violent que je lui ai écrasé la trachée ou quelque chose comme ça. Mon pied a certainement glissé sous sa mentonnière. Non seulement respirer était un véritable calvaire pour lui mais en plus il ne pouvait même pas extérioriser sa peur et sa douleur. J'ai longtemps pensé qu'il était mort en brave, en regardant la Faucheuse droit dans les yeux et en serrant les dents. Même pas. S'il avait pu, il aurait hurlé comme un cochon qu'on égorge. Un lâche. Heureusement qu'il ne l'a pas fait, j'aurais été forcé d'abréger. Mais comme il ne disait rien, j'ai continué. Pendant un bon moment.
Après les articulations, je me suis attaqué au reste.
Tchomp! Tchomp! Tchomp!
L'entrejambe, le ventre, les côtes, les membres.
Tchomp! Tchomp! Tchomp!
Mais pas la tête.
(...)
Quant au type que j'ai tué, il s'appelait Michel, avait quarante-neuf ans, était marié et père de trois enfants. Il habitait un hameau tout proche, de l'autre côté de la colline.
Cela, il ne me l'a pas dit quand on a discuté. Je l'ai appris le surlendemain en lisant le journal. Le corps a été découvert par un bambin de six ans qui se baladait avec sa mère le mercredi après-midi.
De mon côté, cela ne m'a rien fait de voir la première page du quotidien régional relaté ce meurtre. Aucune satisfaction, aucun malaise ni aucune crainte d'être découvert. En tant que prédateur, j’avais fait ce qu'il fallait pour subvenir à mes besoins naturels. Cela m'a simplement ouvert l'appétit et je me suis senti pousser des crocs.



**********

   


Voilà, vous savez tout...
Merci d'avoir lu et, surtout, bonne lecture à mes futurs fans!  Mr. Green

N'hésitez pas à poser des questions, faire des suggestions ou remarques, je suis à votre écoute...


Dernière édition par Demi-Tour le Jeu 6 Oct - 00:39 (2011); édité 1 fois
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MessagePosté le: Jeu 6 Oct - 00:22 (2011) Sujet du message: Parution de mon livre "Arsouille Mental(e)" Répondre en citant

Suis au pieu, je comptais fermer un oeil bientôt... , j'ai lu l'extrait " prédation"... Content de savoir que mes potes ont que des blocs disques. @ bientôt et bravo.
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MessagePosté le: Jeu 6 Oct - 01:10 (2011) Sujet du message: Parution de mon livre "Arsouille Mental(e)" Répondre en citant

Ajjhh, bonne info Wink
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MessagePosté le: Jeu 6 Oct - 09:51 (2011) Sujet du message: Parution de mon livre "Arsouille Mental(e)" Répondre en citant

Moi j'ai un U et un bloc disc Twisted Evil Twisted Evil Twisted Evil  .

Bonne chance pour la sortie Okay  .
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 17:06 (2017) Sujet du message: Parution de mon livre "Arsouille Mental(e)"

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